Tirer le levier, c’est choisir le moindre mal en sauvant le plus grand nombre de vies.
Dans une situation où chaque vie compte autant, refuser d’additionner les vies revient à nier l’impartialité morale. Tirer le levier minimise le tort global en empêchant cinq morts au prix d’une seule, décision dure mais lucidement éthique. Cette orientation conséquentialiste ne nie pas la dignité de la personne sacrifiée; elle reconnaît tragiquement que, lorsque toutes les options sont mauvaises, il faut réduire la perte humaine au maximum. C’est une compassion guidée par la raison.
Ne pas agir n’est pas neutralité: c’est laisser advenir le pire, et nous en portons la responsabilité.
L’omission, ici, a un coût moral comparable à l’action, car le résultat procède d’une décision consciente de ne rien faire. L’éthique de la responsabilité (Weber) exige d’assumer les conséquences prévisibles de nos choix, y compris l’inaction. En droit français, l’état de nécessité (art. 122-7) et l’obligation de porter assistance (art. 223-6) reflètent l’intuition qu’on doit prévenir un dommage supérieur quand on le peut sans risque disproportionné. Tirer le levier n’est donc pas un héroïsme, mais le minimum moral exigible face au mal évitable.
Tirer le levier respecte la doctrine du double effet: l’intention est de sauver, le décès unique est un effet secondaire non voulu.
Nous n’« utilisons » pas la victime comme un moyen; nous détournons un mal plus grand en prévoyant, sans l’intentionner, un mal moindre. Cette distinction, de Thomas d’Aquin aux théories contemporaines, autorise des choix tragiques lorsque l’intention première est la sauvegarde et que la proportionnalité est respectée. Elle explique pourquoi beaucoup jugent licite le levier mais condamnent l’idée de pousser un homme: la diversion n’instrumentalise pas directement. Ainsi, l’acte concilie exigences déontologiques et souci des conséquences au lieu de les opposer.
Le levier aligne la décision individuelle avec les pratiques collectives de sauvetage et de triage.
En médecine d’urgence, en gestion de crise ou dans les politiques publiques, on vise à maximiser les vies sauvées sous contrainte: c’est la même logique que celle du levier. Cette cohérence renforce la prévisibilité sociale et la confiance: on réduit la pire perte plutôt que de s’abriter derrière l’inaction. Les recherches en psychologie morale indiquent d’ailleurs qu’une majorité nette juge acceptable de détourner le tramway, ce qui soutient la légitimité et la coordination collectives. Tirer le levier, c’est choisir une norme praticable, stable et profondément humanisante.